mardi 27 octobre 2015

Mitchell 300 - Le légendaire!


Je ne sais pas pour vous mais j'en ai marre de rentrer bredouille chaque soir !
Ce qui n'aide pas, c'est d'utiliser pour la besogne, un moulinet sophistiqué, super fluide, super silencieux et super cher. Ce n'est pas vraiment le genre à vous chanter des mélodies quand vous ramenez du vide. 
J'en suis venu à regretter la douce symphonie des moulinets d'antan.
Mon premier était un Mitchell 300 et je n'avais jamais manqué de sensations avec.

Je me suis donc mis à la recherche d'un exemplaire de mon vieux 300 et voilà que mon ami Firas me fait la surprise de m'en offrir un.
Le premier coup de manivelle m'a rendu nostalgique.
C'est curieux car, il y a vingt ans, je ne le trouvais pas très réussi ce moulin !
D'abord, il avait une récupération super lente. Avec un ratio de 3,7/1, on récupérait moins de 60 cm par tour de manivelle.
Et puis, sa fluidité était très moyenne. Sans roulements, ses engrenages généraient beaucoup de bruits parasites et n'avaient aucune réserve de puissance.

Aujourd'hui, ces "insuffisances" semblent même me réjouir et, je dois le dire, sa robustesse qui n'est plus à prouver m'épate.
Je me joins donc aux milliers (millions?) de pêcheurs ayant tiré pleine satisfaction de ce moulinet.


L'état global du moulinet est moyen. On voit bien qu'il avait beaucoup servi.
La peinture est bien conservée mais la manivelle, le pickup et l'axe ont subi des déformations plus ou moins importantes.

1 - Datation

Le Mitchell 300 sous sa forme classique a été produit de 1946* à 1997 (il existait même sur le catalogue Mitchell 2000) d'abord en France puis en Chine en passant par Taiwan. Durant toutes ces années, très peu de modifications y ont été apportées. On peut, toutefois, en se basant sur le bouton d'anti-retour et la manivelle, situer mon exemplaire entre 1958 et 1964.

A gauche : modèle plus récent (source : internet)
A droite : Mitchell 300 que j'ai

Après quelques recherches sur internet, je suis tombé sur cet article qui permet de dater son moulinet Mitchell à partir du numéro de série gravé sur le pied du moulinet.
http://anglers.fr/datation-dun-moulinet-mitchell-par-numero-de-serie/

Serial : 3423628

1960 : 3067452 -> 3579119 >>> C'est donc un modèle de 1960 !

2 - La bobine et le frein


La bobine aux bord arrondis est parfaitement habilitée à lancer loin. Elle est dotée d'une bonne réserve de fil et équipée du fameux bouton de changement rapide. Ce système est l'un des plus fiables jamais conçus.


Le système de freinage est composé d'un large disque maintenu sous pression par une rondelle à bord incurvés en acier faisant office de ressort. Cela manque un peu de progressivité mais fait parfaitement l'affaire pour de nos poissons de méditerranée.
Le cliquet bruiteur donnera pleine satisfaction aux amateurs de musique :)

3 - Les engrenages

Je peux vous dire que l'expression "train d'engrenages" n'a jamais eu autant de sens qu'avec ce Mitchell 300 (les séries 400 et 900 aussi).



Le bâti en aluminium auquel s'ajoutent des pièces en acier ont été aménagés pour accueillir les quatre roues qui constituent le train d'engrenages.


Pour la rotation du moulinet, on compte une roue motrice en ALU qui fait tourner une plus petite moitié ALU moitié laiton qui communique avec le pignon en laiton. Le rapport entre les roues nous fait un effet multiplicateur de 3,7/1. Cet effet multiplicateur inclut une réduction de force qui explique le manque de puissance ressenti lorsqu'on fait tourner la machine.


Une série de réducteurs et une roue à trois ergots transforme le mouvement de rotation en oscillation lente.


L'enroulement obtenu est plutôt correct. Par spires croisées et légèrement conique. Il a été quelque peu impacté par la déformation de l'axe.


La qualité d'usinage des pièces est irréprochable. Inutile de dire que l'ensemble est parfaitement ajusté.


Le pignon, de type conique en laiton, est emboîté dans le rotor. Il effectue sa rotation sur une gorge fixée au bâti. Il n'a aucun contact avec l'axe. Axe flottant vous avez dit?

4 - L'anti-retour


Le Mitchell 300 est doté d'un anti-retour à soixante positions. Qui dit mieux?
Ce n'est pas la performance des anti-retours infinis que nous avons aujourd'hui mais de ceux conçus jusqu'au début des années 2000, c'est de loin celui qui offre le moins de recul.

A gauche, une photo piquée de l'excellent article de Jean-Paul Charles
http://fabulateur.over-blog.com/article-mitchell-300-vs-mitchell-300-120495336.html

La crémaillère ayant pour fonction de bloquer le mouvement arrière est faite d'un métal d'une dureté moyenne. La pièce est volontairement déformable pour ne pas endommager la roue de commande en cas de mouvement forcé du rotor.

D'après mon analyse personnelle, la rotation en sens inverse du rotor exerce une force inversement proportionnelle sur la roue de commande. Le rapport 3,7/1 dans le sens inverse (mouvement émanant du rotor) implique une multiplication de force qui peut endommager le mécanisme si la crémaillère est faite dans un matériau dur.

Dans la quasi totalité des moulinets Mitchell 300/400/900 que j'ai examiné jusqu'ici, c'était une crémaillère à quatre dents en composite. Cela doit être une évolution due au retour d'expérience. Plus de dents pour un meilleur accrochage et le matériau composite pour lâcher en cas de grande force.

Le son caractéristique de cet anti-retour rappelle certains jouets de l'époque dont ce fameux pistolet qui crache le feu :)

Source : internet

5 - Le rotor et l'axe


Le rotor est sous forme de bol en aluminium. Tous les moulinets de l'époque en étaient pourvus. Ce qu'on pouvait lui reprocher, c'est qu'avec l'usure, un jeu latéral s'installe et les bords du bol commencent à frotter avec la bobine. Je n'ai pas observé ce problème avec ce moulinet. Il n'y a pratiquement aucun jeu!



J'ai souvent du mal à reconnaître les métaux mais cet axe me semble bien en aluminium. Sur tous les modèles que j'ai rencontré avant, c'était de l'acier.
C'est ce qui explique d'ailleurs, sa déformation malgré sa courte course.

6 - Le galet et le pickup


L'arc de pickup est en laiton chromé. Le pauvre est l'une des pièces qui ont le plus subi l'action du temps. J'ai essayé de le redresser au mieux mais le résultat reste médiocre. Je le remplacerai volontiers dès que j'aurais trouvé des pièces de rechange.
Le rabattement du pickup est automatique (ne peut se faire manuellement). Le mouvement est rapide et engendre un choc relativement violent contre le rotor.
Sur des versions plus récentes, les ingénieurs de Mitchell ont ajouté une pièce en plastique sur le lieu de l'impact pour amortir le choc.


Le ressort du pickup est le point faible de tous les moulinets dont le rotor est sous forme de bol. C'est ce qui pète en premier. Ces pièces étaient très répandues et leur remplacement ne posait pas de problème. On arrive à en trouver des boites entières sur internet jusqu'à maintenant. Celui ci est en bon état. Pourvu que ça dure :)


Le galet est en bon état. Probablement en laiton durci?

7 - La manivelle


La manivelle en aluminium a reçu son lot d'usure. La déformation, bien visible sur la photo, est probablement due à l'usage intensif. La partie en contact avec la poignée a perdu au moins deux millimètres d'épaisseur.

En haut : modèle avec filetage (source : internet)

La poignée est repliable vers l'intérieur pour permettre de ranger le moulinet dans sa boite. A la différence des modèles plus récents, c'est un ressort qui la maintient en position au lieu du montage vis écrou que nous connaissons. c'est la raison pour laquelle le talon qui fait office d'écrou est parfaitement lisse.

Vue d'ensemble

8 - Conclusion

Ce weekend a été plein d'enseignements. J'ai pris un réel plaisir à décortiquer ce moulinet et j'en ressors avec beaucoup d'humilité et autant de respect pour le travail bien fait.
J'ai appris, ou du moins confirmé, qu'on n'avait pas besoin de roulements pour faire un bon moulinet et que la robustesse est une valeur que l'on juge sur la durée.
Ce moulinet, conçu il y a bien plus de soixante ans renferme des "technologies" qu'on présente aujourd'hui comme étant des spécificités disponibles uniquement sur des modèles haut de gamme.

Voici ce qu'on lira sur le boitier du Mitchell 300 s'il avait été marqueté de nos jours :
- Robustesse exceptionnelle
- Système breveté pour une oscillation super lente 
- Rangement du fil par spires croisées
- Anti-retour instantané à 60 positions
- Axe flottant
- Manivelle décolletée en aluminium

La publicité très honnête que je viens de faire a suffi pour me persuader de faire de ce Mitchell 300 le partenaire privilégié pour mes prochaines parties de pêche.

Je l'ai monté sur une ancienne canne en fibres de verre 1m80 action de 4 à 18 grammes (je l'ai un peu raidi en montant des anneaux céramique).

A présent, il est prêt à reprendre du service !

++
Kibitz

* Pour l'histoire des moulinets Mitchell, lire l'article :
http://www.truitesetrivieres.com/exposition-moulinets-de-peche-cluses.html

jeudi 23 avril 2015

Moulinet Peerless BAM 305

Encore un vieux moulinet que j'ai déniché au souk le weekend dernier. Il s'agit du Peerless BAM 305.

La marque française existe depuis 1946 et produit toujours des moulinets réputés robustes.

La robustesse est le principal (seul?) argument commercial de la marque qui a fait très peu de progrès en 60 ans. A part l’intégration des roulements à billes, les modèles sont presque restés les mêmes.

J'ai acheté le mien par nostalgie car j'aimais bien les cliquetis de son anti-retour et que je trouvais sa fluidité très correcte par rapport à ce type d'engrenages.



Made in France - Modèle déposé


Le mécanisme interne est on ne peut plus simple. Les engrenages sont du type droit. Contrairement à ce que l'on s'y attend, la rotation est fluide.


Roue de commande en alu usiné. Incontestablement robuste.


Le pignon et sa bague en laiton. L'ensemble est fixé au bati par le petite vis qu'on voit à coté.


Came d'oscillation classique. En plastique épais et robuste


Le rotor est en plastique dur qui commence à se fissurer. Je trouve que c'est dommage car le reste de l'artillerie est en excellent état. Le ressort de pick-up est en acier très robuste, il fonctionne parfaitement.

Autre souci, il est mal équilibré. Une forte vibration se fait sentir quand on actionne le moulinet. Je ne suis pas certain que ce soit son état d'origine. Il pourrait bien lui manquer des pièces.

Le porte galet est magnifique. On voit également un brin de recherche dans la forme du galet. J'imagine que ce système diminue le vrillage.


J'ai laissé la bobine et la pile de frein pour la fin car ce que j'ai découvert est très surprenant!
La bobine est tronquée au milieu et devinez quoi? La pile de frein n'est accessible qu'à travers cette ouverture.


Le bouton de frein est encastré dans la bobine. Il tourne librement mais impossible de le démonter sans casser la lèvre de la bobine. Pour monter cette dernière, il faut serrer l'ensemble au maximum et évidemment le frein est serré lui aussi.

La pile de frein est constituée de 6 rondelles dont 4 incurvées. Cela devrait fonctionner plus ou moins correctement si la bobine n'était pas tronquée.



Une image trouvée sur le web montre la bobine en un seul morceau. La seule explication selon moi est que mon exemplaire ait été bricolé par curiosité. Tant mieux car cela nous a permis de découvrit l'intérieur de la bobine.


En conclusion, la robustesse clamée par le constructeur est indéniable. Ce moulinet n'a pas à rougir face aux moulins de la même époque.
J'ai beaucoup de respect pour le travail bien fait. Malheureusement, avec les avancées technologiques, le champs d'utilisation des moulinets de la marque ne cesse de régresser pour se limiter aux pêches fortes à soutenir ou exotiques là où on privilégie la robustesse à la réduction de poids et où l'on se soucie moins de la qualité d'enroulement du fil.

++
Kibitz

mardi 21 avril 2015

Vintage : Le moulinet Shimano KX1

Bonjour

J'ai pris bonne habitude de me lever tôt le weekend pour profiter du beau temps et essayer de choper quelques poissons.

Ce dimanche, je n'ai pas eu de bol avec les poissons (cela devient une habitude). J'ai donc décidé de plier bagage et d'aller faire les brocantes. Le marché aux puces du coté de chez moi regorge de surprises.

Il faut dire que de ce coté là, je n'ai pas été déçu. J'ai pu négocier pour l'équivalent d'une trentaine d'euros un lot de trois moulinets et une ancienne canne 1m80 en fibres de verre.

Mon lot de moulinets se compose d'un Mitchell 304 qui a l'air de tourner correctement, d'un petit Peerless Bam 305 dont le son de cliquet m'a séduit et du petit bijoux que je vous présente aujourd'hui : le Shimano KX1

Les articles concernant ce moulinet sont plutôt rares sur le net. J'ai néanmoins pu trouver ici (http://www5c.biglobe.ne.jp/~take300/shimano80SpinE.htm) quelques infos intéressantes :

Modèle fabriqué au début des années 80 pour concurrencer le Daiwa Phantom GX. Il est équipé des dernières évolutions de l'époque :
- Anti-retour silencieux
- Galet en céramique
- Roue de commande en laiton
- Engrenages usinés
- Bouton poussoir pour retirer la bobine


Le Daiwa Phantom GX (Source : le Net)



Moulinet "Made in Japan", d'apparence "Rétro" couleurs argenté et noir, je le trouve plutôt réussi. Le bouton de l'A/R rappelle ceux des radios de l'époque.

La bobine et le frein


La capacité de la bobine est de 255m en 0,20 / 135m en 0,27


Le support de bobine en graphite abrite le mécanisme de bouton poussoir qui permet de retirer rapidement la bobine sans perdre l'ajustement du frein.


Le cliquet bruiteur est une sorte de ressort en spirale qui tape contre la denture du support de bobine. Le son produit est à peine audible et n'est franchement pas terrible. Perso, j'aime entendre résonner la bobine lors du combat. Visiblement, Shimano ont toujours eu du mal sur ce volet :)


La pile de frein se compose tout simplement du disque noir visiblement en carbone qui se positionne sur le support de bobine. De l'autre coté, c'est le bouton de frein qui glisse directement sur la bobine. On peut voir les traces de frottement sur le haut de la bobine. Ce dernier est doté d'un ressort censé assurer la progressivité du freinage. Le résultat est très médiocre. Il y a peut être moyen d'améliorer ce constat an ajoutant un disque en feutre entre la bobine et le bouton.

Le bati et la manivelle


Le bati est en aluminium comme tous les moulinets de l'époque. Il s'ouvre tout simplement en retirant les trois vis qui le maintiennent et on a directement accès au cœur du moulinet. Ceci offre l'avantage d'un entretien facile encours de saison sans avoir à retirer le rotor.


La manivelle est de type hexagonal. Pour la retirer, il faut d'abord dévisser le bouchon sur la droite du bati. Je trouve ce système beaucoup plus efficace contre l'intrusion de sable et de poussière que celui utilisé actuellement.

Le train d'engrenages


Admirez la belle mécanique qui équipe ce moulinet. Le mécanisme d'oscillation rappelle les roues des trains à vapeur :)


La roue de commande est usinée en laiton massif. Elle est portée par deux bagues en laiton des deux coté. Il y a nul doute sur sa solidité. Elle n'a subi pratiquement aucune usure malgré son age.


Le disque qui assure l’oscillation de la bobine est en graphite. Il est vissé directement sur la roue de commande.


Le système d'anti-retour est situé sous le rotor. Le mode "Silencieux" constitue la nouveauté technologique de l'époque. Le mécanisme est actionné par la petite pince qui glisse en maintenant une pression constante des deux cotés sur le disque de blocage. On peut le voir de plus près sur les images en dessous





En retirant le mécanisme de frein, on accède au pignon.


Le pignon est en acier inox de bonne qualité. J'ai repéré quelques traces de rouille mais rien de bien grave. Il est supporté par un roulement serti inox d'excellente facture qui tourne encore à la perfection. L'ensemble semble être scellé avec la bague en alu qui vient se positionner au dessus du roulement. Je n'ai pas voulu forcer sur le système pour ne pas l’abîmer.

Idem que pour la roue de commande, c'est du solide. Il n'y a pas la moindre trace d'usure.

L'axe et le système d'oscillation


L'axe est en acier inox marine très bien usiné. Il fait 4 mm d'épaisseur et il est maintenu en mouvement par une bielle reliée à la roue de commande. Ce mécanisme était très courant dans les moulinets asiatiques qui commençaient à être commercialisés en Europe à cette période. L'enroulement obtenu est classique.


Notez que l'axe est soutenu en trois endroits (voir les flèches rouges sur la photo). Ce qui améliore la solidité de l'ensemble.


Rotor, Galet et Pickup



Ce moulinet est équipé d'un galet en céramique. Certainement une nouveauté de l'époque. Il n'a pas la moindre trace d'usure et tourne encore parfaitement sans aucune lubrification !



L'anse de panier est en acier inox. J'ai noté que le ressort de pick-up était encore intact. Je n'ai pas réussi à démonter le système de rabattement du pickup.


Conclusion

J'ai été impressionné par la qualité des engrenages mais franchement déçu par le fonctionnement. Ce moulinet GRATTE! Comme le dit bien l'auteur de l'article cité plus haut, ses engrenages sont rugueux. On est loin de la fluidité des moulinets d'aujourd'hui.

Une vibration se fait sentir quand on fait tourner le moulinet dans sa main. Cette vibration disparaît dès qu'on le positionne sur une canne.

La progressivité médiocre du frein est un vrai problème pour moi. Ceci dit, il pourrait bien lui manquer des pièces. Je pense pouvoir bricoler un truc pour y remédier.

Ce moulinet est un bel exemple pour démontrer qu'il ne suffit pas de réunir les meilleurs matériaux (laiton, inox, céramique) pour faire un bon moulinet. Un minimum de savoir faire est nécessaire pour donner du résultat à ce beau mélange. C'est ce qui fait aujourd'hui la différence entre un Stella et des moulinets 100% inox ou titane.

++
Kibitz